Khalid Mikou

« L’imagination est la reine du vrai, et le possible est une des provinces du vrai » Baudelaire.

Quelle volupté que la peinture Michel André, c’est un architecte, c’est un artiste, c’est un passeur, c’est un Solitaire.

Dans le désordre intelligent de son refuge, il ne cesse de rêver son manifeste artistique.

Lorsqu’il peint, il cherche beaucoup mais ce qu’il trouve, il le partage. Il le matérialise, d’abord dans ses carnets, y travaillant très attentivement, digression intérieure, cumul, rêverie, philosophie, dessin, croquis et encore croquis jusqu’à y perdre le fil, alors il recueille ce qui soit mutable et changeant et le consigne dans ses toiles et ses papiers.

Michel André est ce personnage qui, par ses œuvres et ses attitudes face à la Vie, s’en remet aux deux dimensions qui se superposent : A l’espace, parce que qu’il estime pouvoir rapporter beaucoup de ses lieux lointains de « notre » monde ; Au temps, parce que ses œuvres demeurent en lui et, s’adaptant, réduisent l’oubli.

A vrai dire, il peint, pour lui-même. Sa « fureur » éclot lorsqu’il s’agit de capter cet indicible qui flotte dans l’air qu’il s’évertue à restituer dans sa tendresse, dans sa tristesse, dans sa rudesse, son âpreté. Un dévoilement du sens de l’idyllique, Ce que c’est que voir.

Le point essentiel, c’est l’éthique, finalement, l’éthique, celle du bâtisseur, créatrice de savoir et de beauté, parfois de vertige.

Derrière sa main de peintre se déploie l’histoire incessante de la ligne, des entrelacs anonymes dépurés dans le devenir du temps à-venir, appropriation subtile de l’espace; l’image palpitante raconte la longue vie des formes dans l’itinéraire fertile de leur constance, Ampleur de la fragilité picturale et architecturale.

  • Ourdir la couleur dans la lumière, dans son absence.
  • Enchevêtrement de l’éphémère et de la constance.
  • Valeurs plastiques interdépendantes mais incluses dans le sujet.
  • Derrière toute forme il y a un lignage (genre, lignée, touche).
  • Réinvention dans la différence.

Les passages de la matière à la forme font les motifs.

Travail sur le Motif jamais ravalé au rang des accessoires et des utilités.
Michel André, Peintre, donne à voir une magistrale manipulation de couleurs. Sous une apparente facilité, une rigueur métabolisée lui permet d’exprimer sans hésitation une poésie intérieure.

Authenticité, Humilité. Un talent émotionnel.

Khalid Mikou


Bernard Nicolas

Michel,

une belle expo que celle du Moulin de la Roque !

La surface d’enregistrement (plusieurs cadres à l’intérieur du cadre qui s’agencent en dehors de tout centre de gravité) donne à ce régime de signes une allure particulière: l’objet partiel ne se réfère plus au tout).

Le signifiant ne renvoie plus à aucun signifié mais seulement à lui-même.
Il s’inscrit dans une chaîne de signifiants; d’où l’intérêt – cela m’a frappé – d’appréhender ces toiles en même temps. Je veux dire en tant que syntaxe.

C’est ce que sous-entendait Lacan en disant que l’inconscient est structuré comme un langage…

On ne parvient à la lecture seulement si on trouve l’articulation des signifiants entre eux, dans une série où règne la multiplicité et ses variations infinies.

L’unité n’est peut-être qu’un rêve, un mirage, un mensonge nécessaire: une nostalgie vaine et douloureuse.

J’en dirai autant du Moi qui – au fond- relève de la seule croyance, pour ne pas dire de la superstition ! il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que ce soit lui qui fasse obstacle, ce dont je suis de plus en plus persuadé.

Amitiés. 

Bernard Nicolas


Il en va des tableaux de Michel André comme de certains poèmes.
Ne renvoyant qu’à eux-mêmes, il serait vain de chercher à savoir ce qu’ils représentent ou cherchent à signifier.

Ce sont eux qui nous interrogent, et non le contraire.

Penser est un exercice périlleux, peindre également.

Il s’agit d’expérimenter et non d’interpréter.

L’auteur prend le risque de longer, d’arpenter et de fouiller un étrange territoire : la surface.

Zone intermédiaire, entre-deux, frontière complexe qui témoigne des échanges incessants entre un dedans et un dehors.

Pure surface d’enregistrement où prolifèrent et s’encodent les inscriptions, les traces, les signes, de façon anarchique et aléatoire à la manière d’un rhizome ; avec ses issues, ses impasses ainsi que ses innombrables lignes de fuite.

Dresser la cartographie d’un tel réseau relève du défi tant – à l’image du désir qui le sous-tend – il est mouvant et excentrique.

La surface est ridée, plissée, chiffonnée. Il faut la dérouler puis la couper : c’est le montrage.

On ne peut montrer que des bouts, des fractions, des lambeaux qui témoignent de cet agencement aux antipodes de nos habitudes mentales.
Michel André s’intéresse aux effets de surface, à ce qui remonte à la surface et, rentrant en collision avec un dehors, laisse surgir un événement.

Il faudrait lire ses tableaux en s’appuyant seulement sur leur syntaxe primitive couleurs/graphies.

Si, face à eux, il nous arrive d’être désorientés, c’est que nous avons tous un arbre planté dans la tête.

Un haut et un bas et, par voie de conséquence, une hiérarchie.

Un début et une fin et, inévitablement, un sens.

Le travail présenté dans cette exposition nous affranchit de ce diktat : l’arborescence comme modèle par excellence de l’organisation de la connaissance.

De manière plus générale, compositions picturales et musicales gagnent à se décrasser des métaphores avec tout ce qu’elles charrient dans leurs sillages.
Paul Valéry eut ce mot pénétrant : « Ce qu’il y a de plus profond chez l’homme, c’est la peau ».

Le dévoilement comme manifestation de la vérité n’est plus qu’un mythe à bout de souffle.

S’il n’y a rien derrière le rideau, c’est que tout le visible y est contenu.

Le tissu du monde ne connaît ni envers ni endroit.

Bernard Nicolas

 


Jean Pelé

Un tout organique de traces, de ramifications, de résurgences des mêmes thèmes, des mêmes motifs.

Des strates géologiques qui se déplient un peu, du tellurique qui cherche à surgir du magma informe.

Des rhizomes picturaux, jachérés pour les faire remonter à la surface.

Des fragments saisis juste avant d’être aspirés par le trou noir du vide.

Une archéologie personnelle sans cesse passée au tamis des sens.

La sensation plutôt que l’émotion, la réflexivité plutôt que la réflexion.

« Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau. » Paul Valery.

La peau et le système nerveux sont issus du même feuillet fœtal : l’ectoderme.

Le cerveau n’est qu’une invagination de la peau.

« La forme, c’est le fond qui remonte à la surface »

La forme définit le fond, un peu comme la forme d’une protéine définit sa fonction. Mais ici on est plus dans l’alchimie que dans la chimie.

Dévoiler un peu les enchevêtrements sans chercher à les démêler.

Faire apercevoir le chaos sans chercher à l’organiser. Et pourtant l’on songe à l’épigraphe d’Histoire de Claude Simon :
« Cela nous submerge. Nous l’organisons. Cela tombe en morceaux. Nous l’organisons de nouveau et tombons nous-mêmes en morceaux. » (Rainer Maria Rilke)

Jean Pelé